La PMA, la morale et la GPA

Bien avant que le Comité consultatif national d’éthique se dise «favorable» à l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes ce mardi 27 juin, on peut faire commencer l’histoire il y a quarante ans de cela. Pour la première fois au monde, un biologiste et un gynécologue-obstétricien britanniques parvenaient à créer des embryons humains en dehors des voies génitales féminines. La planète allait découvrir l’existence d’un «bébé éprouvette» et l’expression «fécondation in vitro» qui, bien vite, allait devenir la FIV. Fin 1977, après quelques centaines d’échecs, Robert Edwards (1925-2013) et Patrick Steptoe (1913-1988) allaient donner la vie à Louise Brown, dont la naissance allait ouvrir un nouveau chapitre de la médecine de la stérilité. Personne ou presque n’imaginait alors que cette prouesse thérapeutique bouleverserait le rapport à la procréation et serait à l’origine d’une quête de nouveaux droits. Jusqu’alors, la médecine de la reproduction ne parvenait à prendre en charge (de manière palliative) que les stérilités masculines via la pratique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur (IAD). Soit du sperme congelé dans des centres spécialisés créés en 1973 par le professeur Georges David à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, soit du sperme frais obtenu (moyennant rétribution) auprès de jeunes hommes dans certains cabinets de gynécologues-obstétriciens. Au départ le mouvement fut assez lent. Après Louise Brown, il fallut quatre ans pour qu’une équipe française parvienne au même résultat spectaculaire. Ce fut Amandine, qui vit le jour en février 1982 à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart grâce au couple Jacques Testart-René Frydman réunis par le Pr Émile Papiernik (1936-2009). Grosse couverture médiatique et innombrables questions soulevées publiquement à commencer par celle de la normalité des enfants ainsi créés. Tout ceci n’échappa nullement à François Mitterrand, depuis peu président de la République: dès l’année suivante, il créait le Comité national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) d’emblée présidé (de 1983 à 1993) par un médecin-phare de l’époque: le Pr Jean Bernard (1907-2006). «Le conseil des ministres, réuni mercredi matin 2 février 1982, a adopté un projet de décret créant un Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Composé de quatorze chercheurs, de quatorze représentants des courants philosophiques et spirituels et de quatre personnalités désignées par le président de la République lui-même, ce comité aura pour mission de donner son avis sur les problèmes moraux posés par les progrès scientifiques et technologiques. Il se prononcera sur les questions que lui soumettront les Assemblées parlementaires, les membres du gouvernement ou les établissements publics de recherche. Il pourra également se saisir de toutes questions faisant débat au sein de la population.» Le 2 décembre 1982, installant solennellement cette nouvelle institution, François Mitterrand déclarait: «Je souhaite que votre Comité réponde à une triple attente: celle des citoyens qui cherchent des repères dans les avancées parfois vertigineuses des sciences de la vie et de la santé; celle des chercheurs et des praticiens qui se sentent trop souvent seuls face aux conséquences gigantesques de leurs travaux; celle des pouvoirs publics qui ont besoin d’avis, de conseils ou de recommandations. (…) Plus vite va le monde, plus forte est la tentation de l’inconnu, et plus nous devons savoir prendre le temps: le temps de la mesure, le temps de l’échange et de la réflexion, c’est-à-dire le temps même de la morale.»


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